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Posté par BOLLY le 8/1/2010 10:12:43 (586 lectures)

Intérêt pour une psychologie africaine

(Attention! ce texte est tiré d'une étude de l'ONG AJAD intitulée: "prise en charge psychologique des mères mineures et des enfants sans pères, éléments de réponses interculturelles". Pour avoir l'intégralité de l'étude, écrivez à:ajad225@yahoo.fr)

Les mères mineures ont foi en ces cordelettes pour protéger ou guérir leur enfant.
Nous avons défini plus haut, la psychologie comme une partie du domaine de la science, qui vise la connaissance du fonctionnement de l’ensemble des opérations mentales de l’individu.
Mais l’environnement social est aussi un élément clé dans la construction mentale de l’homme. Il convient donc, dans certains cas, de faire usage de méthodes psychologiques intégrées.
C’est pourquoi nous associons l’approche interculturelle à la psychologie de base.
A travers notre approche thérapeutique, nous essayons de tenir compte des besoins fondamentaux des mères mineures, de leur cadre de vie, de leur mode de pensée et d’action dans la résolution des problèmes.
C'est ce qui nous a poussé à introduire dans notre technique de travail, quelques éléments de réponse culturels susceptibles d’évaluer le fonctionnement cognitif et le fonctionnement socio-adaptif des mères mineures, pour les rééquilibrer.
C'est pourquoi nous pourrions presque parler de psychologie africaine, même si ce terme présente encore des carences épistémologiques dues au manque de recherche, d’écrits ou de revues relatives à notre sujet d’étude : la prise en charge psychologique des mères mineures, en matière d’assistance humanitaire, en Afrique occidentale en général et en Côte d’Ivoire en particulier.
En effet, dans le cadre du soutien aux personnes vulnérables, les approches sociales excluent souvent la dimension d’adaptation de l’individu, au niveau de l’aide proposée. Le temps d’adaptation d’une personne dépend de ses pré-requis environnementaux, qui eux-mêmes reposent sur sa dimension psychologique qui contribue à la construction de sa santé et de sa capacité cognitive, au regard de ses opérations mentales et de son réseau psychologique.
Pour nous, il est impensable d’assister quelqu’un sans prendre en compte sa dimension psychologique.
Notre rôle n’est pas de partager leur croyance ou de cautionner leurs méthodes de protection ou de guérison, mais simplement de comprendre comment ces jeunes filles orphelines, isolées et stigmatisées, résolvent les problèmes qui se présentent à elles, avant de les accompagner, avec leur consentement, vers une méthode scientifique de thérapie.
En tout état de cause, nous avons trouvé normal leur démarche de résolution de problème, pour la simple raison qu’elles n’ont que ce modèle de solution. Ces jeunes filles, que nous suivons depuis trois ans ont vécu en dehors d’une société codifiée, scientifique; et même si elles vivent dans cette société, les deux entités ne se rencontrent que rarement, ce qui est nettement différent chez les autres adolescentes vivant en Occident.
Par exemple, en France, une jeune fille enceinte peut être autorisée par la loi à effectuer une interruption volontaire de grossesse (IVG). Grâce à cette loi et avec l’accord des parties concernées, elle peut reprendre le cours normal de sa vie d’enfant.
A contrario, en Afrique, l’interdiction d’avorter contraint la jeune fille à supporter une grossesse jusqu’à son terme. De plus, il existe aussi des pratiques traditionnelles qui obligent ou poussent certaines d’entre elles à aller volontairement vers le statut précoce de mère.
Chez les Ebriés d’Adiopodoumé (village d’Abidjan), une jeune fille qui accouche, devient sur le plan social une femme à part entière, du fait qu’elle a donné naissance. Ses parents organisent alors une grande cérémonie qui célébrera le nouveau statut de leur fille devenue mère.
Que sa grossesse soit reconnue ou non par le géniteur, la participation matérielle de ce dernier n’est pas une condition sine qua non ; on mobilise plutôt les membres de sa famille qui lui offrent des présents (bijoux, pagnes…).
On trouve ici, qu’il est beau et important de soutenir matériellement l’accouchée parce qu’elle a traversé une période incertaine où elle aurait pu mourir; mais aussi parce qu’elle a acquis le statut de reproductrice de l’espèce humaine.
Malheureusement, la perpétuation de cette tradition est une source d’incitation pour beaucoup d’adolescentes qui s’aventurent sur le chemin périlleux des grossesses précoces. Dans un contexte de pauvreté ou de récession économique du pays, celle-ci représente une bouffée d’oxygène pour ces jeunes filles qui se voient couvrir de cadeaux et se voient accéder à un nouveau statut respecté de tous. « Qui ne voudrait pas aussi bénéficier de la grâce des parents, à travers une grossesse, surtout quand elle est source de gain matériel ? », disent la plupart des jeunes filles enceintes d’une moyenne d’âge de 15 ans que nous avons interrogées.
De leur côté, les jeunes garçons allongent le palmarès du meilleur mâle du village au détriment des filles car ils savent qu’ils ne seront pas inquiétés par le problème de reconnaissance de l’enfant.
Malencontreusement, aucune mesure de préparation ou d’éducation familiale n’est prise en faveur des filles, qui récoltent les pots cassés d’une société léthargique, qui blessent leurs enfants, tenus à la merci des maladies infantiles causées par un mauvais allaitement ou la malnutrition.
Mais l’examen psychologique des mères mineures a fait apparaître un sentiment de déprime très fréquent chez celles qui allaitent. Beaucoup refusent d’allaiter ou de mettre l’enfant au dos pour des raisons esthétiques ; en effet, lorsque le bébé tète, il tire par sussions sur le sein qui, à long terme, devient flasque et tombe.
De même pour le portage qui consiste à nouer le pagne sur la poitrine et qui écrase les seins. Or, ces filles, encore très jeunes, sont conscientes de l’atout sensuel que constituent ces organes et qui diminue considérablement après un accouchement. Elles sont donc stressées, ce qui n’est pas sans conséquence sur le nourrisson.
L’adolescence étant prédominée par le narcissisme, elles sont nombreuses à arrêter l’allaitement, sans pouvoir apporter les aliments nutritifs de substitution. Le bébé perd donc du poids et développe des maladies dues à la malnutrition. Nous avons alors décidé de prescrire l’allaitement comme méthode de planification familiale car « 79 % des femmes qui allaitent présentent une aménorrhée pouvant durer jusqu’à un an » ; et d’organiser des démonstrations diététiques afin de rattraper le déficit pondéral de l’enfant sous-alimenté...

par BOLLY Jean KOUASSI, psychologue
président de l'ONG AJAD
Les collègues ou stagiaires intéressés par cette étude, peuvent nous appeler au (225) 09 55 15 06 ou écrire à ajad225@yahoo.fr


Posté par Webmestre le 14/2/2007 10:52:24 (1012 lectures)



Un point de vue sur la question de l’exil
ou de l’héritage pluriel à la possible
transformation singulière

1 Ce texte a été présenté au Colloque « 60 années de départementalisation pour la Réunion, un regard de la
diaspora. » de l'association AMARRES, à Paris, le 18 Mars 2006.

Philippe Grondin – Mars 2006

phgrondin@yahoo.fr

Questionner la problématique de l’exil du coté de la Réunion, oblige de
fait, me semble t-il, à prendre en compte la spécificité de cette île, déserte au départ, et de l’émergence même de la vie humaine en ce lieu ; tous exilés, àl’origine.
Chacun naît avec un héritage historique familial singulier ; ce dernier va
venir façonner l’imaginaire du bébé en devenir d’adulte dans une interaction constante avec la réalité quotidienne. Grandir, se reconnaître sujet parmi d’autres sujets demande une vraie innervation psychique à partir de ce qui est transmis de la parole familiale et aussi inconsciemment, au travers de ce qui ne se dit pas forcement et qui se vit dans le regard de l’autre, le toucher, la sensation du peau à peau, l’intonation de la voix, des paroles adressées... En somme devenir individu serait le résultat d’une synthèse entre l’histoire familiale
et l’ensemble culturel.
Ainsi, être né à la Réunion renvoie pour moi à la question première qui
viendrait poser les fondations d’un héritage psychique « comment les premiers ancêtres de la lignée familiale arrivés à la Réunion ont ils quitté leurs pays d’origine ? ».
Amarrés, enchaînés, conquérants, prisonniers exilés ayant à payer leur
dette envers la société, illusionnés et trompés ?
Cela me ramène alors au tissage narcissique de chaque sujet sur le métier du temps, de génération en génération. Cela m’amène à penser à la construction dans le temps de la société Réunionnaise avec entre autre pour base, en lien avec le contexte historique, la hiérarchie des couleurs de la peau, de la texture du cheveu, induisant me semble t-il une étiquette dont chaque petit d’homme est affublé alors dès sa naissance dans la manière dont il est parlé par l’autre ; cafre, malbar, créole, tiblanc… qui le rangerait de manière inconsciente aux deux
endroits du lien à l’autre dans un rôle à tenir dans le jeu social.
Evidemment, bien d’autres éléments entrent en jeu dans la construction
d’être sujet : la manière d’être porté, d’être bercé, d’être nourri et ces mêmes éléments peuvent aussi entrer en jeu dans la construction d’être objet ; dans le sens de ne pas être fondamentalement perçu comme un être humain. Je parle plus précisément de la question de la sensorialité.
Deux textes de chansons créés et interprétés par Daniel Waro pour le
premier et pour le second par Nathalie Natiembé, évoquent de manière très sensible ce que je pointe ici.
Le premier texte, celui de D.Waro, s’intitule Aneil :
« Pou papa wayo monmon ou té pas un moun oté ; pou papa wayo nonva monmon ou té pa in fanm oté » (pour papa, maman, tu n’étais pas un être humain ; pour papa, maman, tu n’étais pas une femme); Ici, nous pouvons percevoir, à travers l’évocation des souvenirs d’enfance de l’auteur que le sentiment d’être humain dans le lien de son père à sa mère , a été bafoué ; par ailleurs, en écoutant la seconde phrase de cette chanson, nous pouvons percevoir que le déni de la différence des sexes dans ce lien singulier d’un homme à une femme règne. Ce qui a pour effet direct de décupler la violence
tant dans la réalité que psychiquement. . Ceci, pointe toute la difficulté à s’envisager, à se percevoir sujet pour cet enfant, dans le chaos de l’inhumanité engendré ici. Ceci m’amène à visiter cette question de la place d'objet-meuble , en lien direct avec la question du processus de peuplement de l’île dont la traite de l’esclavage reste l’un des éléments centraux. En effet, au 17ème siècle, un sujet arrivé sur l’Ile de la Réunion, ayant voyage par bateau au départ de l’Afrique ou de Madagascar, reconnu sain et vendu comme esclave, perd alors
immédiatement son statut d’être humain pour devenir un objet-meuble dont son propriétaire peut disposer en tant que tel.
2 Place assignée dont il est évidemment ardu de sortir, d’autant plus que cette dernière se trouvait alors inscrite dans la loi ; je fais ici référence au Code Noir. Le statut de l’esclave et la manière dont certains ancêtres ont quitté leur lieu de vie d’origine, sont des éléments fondamentaux du socle identitaire réunionnais, même si, évidemment, chaque réunionnais n’est pas directement descendant d’une lignée d’esclave.… Ces derniers induisent bataille dans la tête, bataille dans la cour !
Et comme si malgré le déroulement du temps cette place assignée, la manière dont des être humains ont été traités ou plutôt maltraités reste aujourd’hui encore inscrite dans la mémoire collective ; ces éléments de la mémoire collective transmis de manière inconsciente aux maillons assujettis à la chaîne du groupe. Ici, il ne s’agirait pas seulement d’une chaîne familiale singulière mais de l’ensemble des groupes composant le Groupe ; ainsi, aujourd’hui, la pression de
l’angoisse et du conflictuel, intra et inter psychique pourrait avoir entre autre pour effet de pousser de manière singulière à une violence intimement liée à la quotidienneté de vie. Une violence retournée contre soi et aussi une violence dont l’autre peut être l’objet direct. Il y aurait à cet endroit comme une répétition des éléments d’un traumatisme qui ne parvient pas à se traiter, à s’élaborer,
ressurgissant alors à grands coups dans la réalité.

Ainsi, un des grands questionnements qui traverse de part en part ma
réflexion, en lien avec l’histoire de l’île de la Réunion et des Réunionnais se tisse à partir de la question de la soumission et de l’obéissance, transmise me semble t-il inconsciemment de génération en génération avec peut être pour effet, celui de poser un interdit sur la possibilité de penser de manière singulière ; comme penser un projet de vie en dehors ou au delà d’une vengeance sur/contre l’autre
(partie de Soi) mais en se considérant comme acteur de son projet de vie.
S’envisager, Se projeter et dans le « se » de s’envisager, se donner un visage ou de se projeter, je souligne le réflexif de la reconnaissance de Soi.
C’est peut être ici, précisément, dans cette reconnaissance de soi que
pourrait poindre comme un défaut, comme un sol qui pourrait se dérober à tout moment ou qui n’existerait pas comme fond psychique suffisamment solide, comme point de départ d’un étayage à partir duquel pouvoir prendre appui pour rêver. Alors apparaîtraient des mouvements de détresse intérieurs de très forte intensité qui induiraient un déchaînement de cette violence dont j’ai parlé
précédemment, comme un déplacement de ce désir de désenchaînement.
Il ne s’agit évidemment pas de dire de manière grossière et alors
insultante que le Réunionnais ne pensent pas, il s’agit de souligner ici comment la pensée peut être infiltrée, à l’insu du sujet même donc de manière inconsciente et diffuse, par cette dynamique qui pourrait venir faire barrage au déploiement du Soi.
Alors partir, quitter son île natale comme un rêve… pour pouvoir
recommencer sa vie.
Juste une parenthèse ici pour dire qu’il serait fort intéressant de
questionner ce qui se passe dans l’autre sens, entre France et Réunion c’est à dire ce qui amène des « zoreils » c’est à dire des personnes originaires de la France Métropolitaine à faire le choix de vivre sur l’île de la Réunion ; outre l’idée du vocable réunion et de son signifiant, comme lieu de remembrement, de rassemblement possible du Moi ; je pense que nous pourrions faire des hypothèses de travail communes concernant la question de la liberté, de la libération du sujet par rapport au groupe, groupe familial, groupe société. Je laisse pour le moment, la question en suspens et je reviens à notre propos.
J’évoquerai à cet endroit, ce second texte, celui de Nathalie Natiembé, qui s’intitule « Tangaz pa tro for » (ne fais pas trop de bruit) ; texte sensible d’une berceuse qui parle du processus de transmission de la vie même, de deux parents à leur bébé avec une attention toute particulière et douce avec pour exemple quelques lignes « tangaz pa trop for, zanfan y dor, si se pas toué ki koz ek li koman li fé pou li kompran la vi. In ti réyon soleil y pers si son berso agard a li, lila tourn si son do ; atrap a li ; fé li in gro pami. » (ne fais pas trop de bruit,
dit la mère s’adressant au père l’enfant dort ; si ce n’est pas toi (père) qui lui parle comment notre enfant va t-il faire pour comprendre le sens de la vie.Un petit rayon de soleil vient sur son berceau, regarde-le, il s’est tourné sur son dos ; prends-le dans tes bras, fais-lui un gros câlin). Ces quelques lignes évoquent pour moi, avec une grande sensibilité, la mise en mouvement d’une historicisation, c’est à dire une mise en histoire de la personne du bébé et de sa présence au sein de sa famille; pour dire de manière un peu rapide, le bébé est
alors placé dans sa lignée familiale et dans le même temps pourrait sortir de la dé-confusion des perceptions ; tout ceci à partir du soin corporel et de la mise en parole, des parents à l’enfant où la mère à cet endroit donne, grâce à la parole la place au père dans le lien à tisser avec l’enfant.
Peut être que pour certaines personnes cette perception d’être Objetmeuble viendrait recouvrir et occuper toute la place dans l’imaginaire, dans la perception de Soi, occultant du coup, la trace laissée de cette attention douce, portée au bébé par ses proches, comme si celle ci n’avait pas existé ou était une tromperie.
Quitter l’île, lieu de naissance comme le désir et l’espoir d’un mieux être
ailleurs ; ce serait donc se placer dans une dynamique de projet de vie, être acteur et ne plus être passif devant une vie qui soumettrait sa loi et ses règles de dépendance.
Partir ce serait ne plus se soumettre au regard de l’autre et ainsi, gagner en liberté intérieure. Je pense, en effet que cette question du regard est primordiale ici ; si justement, nous regardons de plus près à cet endroit, nous pourrons peut être apercevoir que le « l’a dit, l’a fait » que nous connaissons, aurait cette fonction d’enfermement induisant une inhibition dans la mesure où il place le sujet sous le regard perpétuel de l’autre, dans la cour, dans la rue, etc…
; quelque chose ici aurait à voir avec la question de l’aliénation et ceci dès la toute petite enfance. La singularité de ce regard comme traversant le temps, peut être en disant très rapidement de celui du commandeur d’autrefois, d’outre tombe dont la trace se manifesterait à cet endroit de l’entre deux, le dedans de soi et l’extériorité de l’autre. Une intimité qui ne pourrait alors peut être pas suffisamment se déployer, entravant alors un sentiment de Soi qui peut devenir
rapidement faillible sous le regard de l’autre à partir du moment où ce dernier est envisagé comme jugeant, dévalorisant avec cette idée d’être parlé par l’autre sans avoir droit soi-même à la parole, à sa parole.
Cette expression si communément utilisée à la Réunion de « faire
l’intéressant » prendrait à mon sens, ici toute sa place, dans la mesure où elle viendrait dire que toute différence, toute parole individuelle peut soumettre à une menace ; celle d’être exclu du groupe ; une dynamique du lien installée sans doute de manière diffuse et insidieuse. Et alors ne pas pouvoir trouver sa place, trouver une place dans un lieu suffisamment sécurisé et suffisamment sécurisant.
Partir de l’île et alors ne plus être soumis au regard de l’autre. Mais dans le départ, le risque pourrait alors se situer du côté du déplacement et de la répétition sans évolution particulière ; au risque même de voir se dérouler des espaces de vie en alternance, entre la Réunion et la France ; sans pour autant avoir la possibilité de se fixer dans un lieu de vie, être vivant parce que le bon pour soi serait toujours dans un ailleurs, collé au fantasme du paradis perdu.
Alors, ne pouvoir que rester suspendu, comme en plein vol.
Mais dans ce départ envisagé donc d’abord rêvé dans le sens de la rêverie et ensuite mis en acte dans la réalité, je retiens fortement la dé-marche, dans le sens du désir pour soi qui induit alors un processus de pensée, fait bouger dans la tête, soulignant potentiellement un changement dans le futur avec en fond un rapport autre avec la temporalité. Cette dynamique, cet élan prend son étayage
dans la rêverie, la rêverie de devenir et pour cela passer par l’Ailleurs ; comme la nécessité de se mettre en voyage pour se débarrasser justement de ce qui embarrasse, de ce qui colle à la psyché jusqu’à l’inhibition. En somme, un travail d’élaboration psychique qui ne dit pas son nom se met en branle.
Je pointe à cet endroit, de la question de l’exil ou plutôt dans le projet de départ, un de ses éventuels effets ; à savoir la mise en mouvement d’un processus de rêverie qui donnerait accès, ouvrirait vers une voie supplémentaire, celle de la réunion de plusieurs parties du Moi, du bon et du mauvais, celle de la perception de l’intériorité et de l’extériorité avec un jeu possible plus élargi du lien à l’autre.
Même si il ne s’agit pas pour moi ici de dire que partir permettrait de
retrouver une partie d’humanité en soi, endormie jusqu’alors ; je pense
évidemment que ce cheminement peut s’opérer par d’autres moyens tout en restant sur l’île, dans le sens, au fond cela parle de la nécessaire séparation pour être. Ici, il s’agissait pour moi de prendre appui sur ma pratique professionnelle, pour tenter de vous livrer ce que ces rencontres intimes avec des patients originaires de la Réunion, m’ont donné l’occasion de dérouler dans ma pensée et le questionnement qui s’en est suivi afin de le mettre en débat avec vous
aujourd’hui.
Pour terminer, je préciserai que le questionnement que je vous livre ici,
fait partie intégrante de ma réflexion théorico-clinique, au long cours de ma pratique ; elle concerne cette question si délicate et si difficile de la parole émergeante chez des sujets ayant été l’objet de traumatismes évidemment destructeurs dans le coeur même du mot prononcé par l’autre qui a pour projet sans doute inconscient de tuer le sujet en soi. C’est une tentative de lecture singulière et de fait elle dit aussi que cette déclinaison de la soumission et de l’obéissance par exemple n’est nullement l’apanage des personnes originaires de
la Réunion, elle touche l’universel par le biais d’autres portes d’entrée liées comme je l’ai signifié précédemment par l’histoire familiale et l’ensemble culturel.
Philippe GRONDIN


Posté par Webmestre le 3/1/2007 11:12:23 (1419 lectures)

Ne prétendons plus à la neutralité, mais tenons compte de l'efficace psychanalytique et de sa résistance, de ses spéculations et stratagèmes, interpellons de façon critique, ouvrons des brèches : c'est œuvrer à la psychanalyse .

Faut-il encore soumettre le discours psychanalytique à la rigueur de la preuve, aux chaînes de la conséquence, aux contraintes internes du collectif ? Faut-il toujours articuler, et, surtout, ne plus ignorer ce que certains voudraient laisser tomber ou réduire sous les dogmes de diverses chapelles ? Faut-il enfin déterminer la spécificité de l'après-coup psychanalytique et de ce qu'elle arraisonne ?

Que propose-t-on à la psychanalyse alors que nous vivons dans un espace pluridisciplinaire, global où toutes les valeurs préfabriquées normalisent banalisent l'être ? Où des revues, articles, de tout poil, semblent, plus qu'informer, nous rendre un amalgame de savoirs qui donnent une impression de fadeur, lorsque rivalisant de diagrammes abscons, ils font la statistique de leur propre médiocrité telle un "semblant" juste bon à décomposer, fragmenter, un tout qui ne sera donc jamais compris exhaustivement.

Jamais l'enseignement de la psychanalyse n'a fait de la psychanalyse une recherche "limitée corporativement en en une weltanschaung réservée aux seuls initiés". Initiés de l'héritage freudien, lacanien, etc.

Tous les membres du collectif, responsables, intervenants, contribuent à élever la psychanalyse en un espace spéculatif, telle une recherche fondamentale. On n'y apprend ni des systèmes, ni des cultes, on y reçoit un éveil de la pensée dépassant les limites de la psychanalyse pure pour se tourner vers l'ethnologie à l'exemple de Frazer ou de Malinowski et dans ce pluralisme se dégagent des idées non-dirigistes, des non-certitudes en quelque sorte.

Jamais cette recherche ne prendra matrice dans une quelconque corporation, guilde, défendant ses droits et privilèges plutôt que la pertinence de ses doutes. Cet enseignement ne se développera pas à l'encontre d'autres écoles. Telle serait la seule façon de renouer avec la pensée freudienne. Renouer avec ces passeurs ne consiste pas à enseigner la psychanalyse, ni même à prétendre à réinventer la psychanalyse, mais à penser, réfléchir, à un élément même irrationnel au collectif, quitte à déconstruire pour ensuite mieux rebâtir, ce qui est vrai pour un est différent pour l'autre.

Bien sûr, c'est l'étude des textes qui sera la pierre angulaire du "Comment savoir poser un problème" et à lui donner une solution argumentée, raisonnée, en évitant toutefois d'être trop conceptuelle.

Que proposera-t-on à ces enseignants ? Avant tout une méthode car cet enseignement n'est pas une entreprise de formation où le collectif accouchera d'apprentis sorciers.

Le professeur de psychanalyse commencera la lecture d'une œuvre freudienne. Mais renouer avec l'héritage freudien ne reviendra pas à se prendre soi-même pour cette figure originaire de la pensée psychanalytique, mais à devenir ce passeur d'idées consistant à comprendre et à faire comprendre leur traversée à ce siècle tumultueux.

frans tassigny


http://users.swing.be/psychanalyse/





 

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